26 mai 2008
Maris aveugles (Blind husbands)
De: Erich von Stroheim
Avec: Erich von Stroheim, Fay Wray, Gibson Gowland, Sam De Grasse, Francelia Billington, Jack Perrin, Fay Holderness, Ruby Kendrick,...
Pays: Etats-Unis 
Année: 1919
Synopsis
Dans les Alpes, un militaire autrichien tente de séduire la compagne d'un médecin. Ce dernier, jaloux, emmène le séducteur dans les montagnes afin de l'affronter.
Avis
Le cinéma muet n'avait pas que des comiques pour divertir les spectateurs. Des films de plus grande ambition virent rapidement le jour. Des gens comme Griffith, Walsh ou encore von Stroheim, réalisèrent des films importants, de plus grande envergure, loin d'être drôle.
Dès son premier long-métrage, von Stroheim marque directement le coup. Il critique d'emblée notre société, l'homme en général et bien plus la gente masculine que féminine. En effet, on peut porter notre attention sur le titre de ce film. Celui-ci est à double sens. Expliquons-nous. Tout d'abord des maris aveugles par rapport aux autres hommes. Le militaire drague la femme du médecin. Celui-ci ne s'en rend pas compte. Mais des maris aveugles car ils ne se rendent pas compte que leurs femmes méritent des attentions. Ceux-ci se complaisent, considérant leurs concubines plus comme un acquis qui ne devrait plus recevoir d'amour. La femme comme objet qu'on marie, voilà un peu la manière de résumer la chose. L'homme se concentrant bien plus sur ses occupations professionnelles. D'ailleurs, lorsque le couple quitte le village, une villageoise s'adresse à l'homme, elle lui dit: "occupez-vous de votre femme, elle en a besoin".
De son côté, le militaire, joué par von Stroheim, n'a rien d'un enfant de choeur non plus. Totalement à l'opposé du mari, celui-ci est un collectionneur de femmes. Grand séducteur, beau parleur, menteur, profiteur, etc., voilà quelques belles caractéristiques de ce fringant militaire. Ce ne sera d'ailleurs pas la dernière fois que von Stroheim jouera un rôle pareil. Une fois encore l'armée n'a pas un beau rôle, l'acteur semblant totalement détester ce qui représente l'armée. Si son discours n'est pas aussi éloquent ou aussi efficace que pour Folies de femmes, mais il existe déjà. Des thème déjà présents qui vont fortement marquer la carrière du réalisateur, qui lui non plus ne survivra pas à l'arrivée du parlant, étant très vite oublié. Déjà, son personnage décède à la fin, chose rare pour quelqu'un qui tient un rôle principal, surtout à l'époque. Enfin, le couple repart ensemble mais le mari a-t-il réellement compris la leçon ?
Von Stroheim tient donc déjà un double rôle ici. En tant que metteur en scène, c'est assez réussi. Le film a vieilli certes, mais il tient encore la route aujourd'hui encore, bien aidé il est vrai pas la composition musicale (quid de savoir si c'est la version originale ou si elle a été rajoutée des années plus tard ?). En tant qu'acteur, il demeure être un excellent comédien, portant presque le film à lui tout seul. Il est bien aidé par les deux principaux seconds rôles avec une petite préférence pour Fay Wray.
Au final, on obtient une oeuvre réussie, loin d'être parfaite mais qui permet déjà au cinéaste de se faire un nom dans le monde du cinéma de l'époque et qui signera par la suite, quelques chefs-d'oeuvre et autres films grinçants aux messages lourds de sens.
Note: 3.5/5
16 juin 2007
Naissance d'une nation (The birth of a nation)
De: D.W. Griffith
Avec: Lilian Gish, Mae Marsh, Henry B. Walthall, Miriam Cooper, Mary Alden, Ralph Lewis, Donald Crisp, Howard Gaye,...
Pays: Etats-Unis 
Année: 1915
Synopsis
A travers le destin de deux familles divisées par la guerre, le film chronique la guerre civile américaine et ses conséquences, de l'assassinat de Lincoln à la naissance du Ku Klux Klan.
Critique
Remontons les décennies pour aboutir en 1915 et la sortie d'un grand film signé par D.W. Griffith.
Naissance d'une nation fut très controversé dès sa sortie. En effet, on reprocha à Griffith de faire l'apologie du Ku Klux Klan et d'être donc raciste. Mais bien avant de parler de son scénario, parlons du reste et notamment de la réalisation et du montage qui démontre totalement que Griffith est un pur génie et qu'il est bien un des pionniers du cinéma avec des gens comme Eisenstein ou encore Chaplin. En effet, on retrouve ici certaines caractéristiques du cinéma actuel. Il suffit de s'attarder sur deux ou trois plans en mouvement qu'effectue le réalisateur pour être bluffé. Si à notre époque, ces plans semblent banals, il ne faut pas oublier qu'ils ont été réalisés en 1915 avec des moyens tout autres... Et il y a également cet assaut de la cavalerie du KKK sous la musique de Wagner (la même utilisée que pour l'attaque des hélicos dans Apocalypse Now de Francis Ford Coppola) qui est malgré tout incoyable. Dommage que ce soit le KKK qui soit mis en avant de cette manière mais d'un point de vue cinématographique et technique, le film est une claque pour l'époque.
Ensuite, le scénario: si on retire le côté raciste, on a un film de trois heures qui nous tient parfaitement en haleine et qui ne nous fait pas décrocher. Deux familles, une nordiste (gentille) et une sudiste (très gentille) se retrouve déchirée par la guerre. On retrouve tout ce qui fait un drame de guerre parfait: la perte de certains membres de la famille, un amour impossible par la guerre entre deux individus, des faits historiques graves (incroyable reconstitution de l'assassinat de Lincoln),... Bref, le scénario presque parfait puisque le film met le temps à démarrer (trente premières minutes très lentes et qui nous font craindre le pire...) avant de constater que c'est bel et bien le côté raciste qui diminue nettement la qualité de l'oeuvre... En effet, Griffith fait l'apologie du KKK et c'est bien dommage. Maitenant, on peut dire qu'à l'époque la plupart des gens étaient encore racistes. De plus, Griffith est né au 19ème siècle et la mentalité devait encore être totalement différente. Ensuite, on peut dire aussi que le réalisateur fait passer pour un Saint le président Lincoln alors que ce dernier était loin d'être un enfant de choeur... En effet, la guerre de Sécession n'a pas été déclarée pour libérer les Noirs de l'esclavage comme on le prétend officiellement mais tout simplement parce que les richesses du Sud intéressaient les gens du Nord... Cependant, Griffith se rachètera en réalisant Intolérance...
Dommage ce scénario raciste car le reste du film est une bombe totale. Griffith est bel et bien l'un de ces grands pionniers du cinéma et il est normal de respecter à sa juste valeur le cinéaste qu'il était...
Note: 4/5